Le Salvador et le Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord financier d'envergure, marqué par le déblocage de 140 millions de dollars en faveur du pays. Ce compromis s'inscrit dans le cadre du programme de 40 mois, baptisé « Mécanisme élargi de crédit », visant à soutenir une économie salvadorienne dont la croissance actuelle surpasse les prévisions initiales. En contrepartie de cet apport de liquidités, le gouvernement de Nayib Bukele s'est engagé à mettre fin à l'utilisation de fonds publics pour l'acquisition de Bitcoin, une concession majeure qui stabilise ses relations avec l'institution multilatérale.
Malgré cette directive stricte du FMI stipulant qu'aucune accumulation supplémentaire de cryptomonnaie ne doit être financée par les deniers de l'État, la réserve nationale continue paradoxalement de croître, atteignant récemment 7 762 unités de Bitcoin. Pour justifier cette progression sans enfreindre les termes du traité, les autorités salvadoriennes s'appuient désormais sur un système de dons privés. Ces apports, gérés par le Bureau Bitcoin en dehors du cadre budgétaire classique, permettent à l'administration de maintenir sa stratégie pro-crypto tout en assurant aux auditeurs internationaux que le Trésor public n'est pas sollicité pour ces transactions.
Au-delà de la question des achats de cryptomonnaies, cet accord marque un tournant opérationnel significatif. Le gouvernement a accepté des conditions structurelles imposées par ses créanciers, notamment en rendant le Bitcoin optionnel pour les commerçants et en recentrant le paiement des impôts sur le dollar américain. Par ailleurs, la gestion du portefeuille numérique d'État, Chivo, a été déléguée à une entité privée. Ces mesures démontrent une volonté de normalisation budgétaire, tout en préservant l'image de marque du pays comme pionnier dans l'adoption institutionnelle des actifs numériques.
Cet arrangement représente un équilibre diplomatique subtil où chaque partie préserve sa position officielle. Le FMI évite de valider publiquement l'investissement étatique dans la volatilité du marché crypto, tandis que le président Bukele conserve sa réserve stratégique sans devoir renier ses engagements passés. Ce cas d'étude unique illustre les tensions entre la souveraineté monétaire numérique et la rigueur financière internationale, posant un précédent scruté par d'autres nations qui, à l'instar du Bhoutan ou des États-Unis, s'interrogent aujourd'hui sur l'intégration du Bitcoin dans leurs propres stratégies nationales.