Les géants de l’intelligence artificielle, OpenAI et Anthropic, s’engagent dans une manœuvre financière stratégique de grande ampleur. Accompagnés par les banques d’affaires Goldman Sachs et Morgan Stanley, les deux laboratoires tentent de convaincre les agences de notation d’attribuer à leurs titres une note de qualité d’investissement dès leur entrée en Bourse. L’enjeu est colossal : accéder au vaste marché obligataire d’entreprise, estimé à 11 700 milliards de dollars, afin de réduire drastiquement les coûts de financement liés à leurs infrastructures colossales et à l'acquisition de puces électroniques haute performance.
À l'heure actuelle, les agences de notation demeurent prudentes, maintenant les deux sociétés dans la catégorie spéculative en raison de leurs bilans déficitaires. Si cette transition vers le statut de « premier rang » est obtenue, elle permettrait aux laboratoires d’attirer une nouvelle typologie d’investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension ou les assureurs, dont les mandats interdisent traditionnellement l'exposition aux actifs jugés risqués. Une telle réussite faciliterait un refinancement massif de leurs dettes, actuellement portées en grande partie par des partenaires technologiques comme Nvidia, Oracle ou Google via des garanties financières complexes.
Le précédent de SpaceX sert ici de modèle, bien que sa trajectoire serve également d'avertissement. Si l’entreprise a réussi à obtenir ce précieux sésame dès son introduction, la dépréciation rapide de ses obligations émises juste après a refroidi certains analystes. Ces derniers pointent du doigt le manque de transparence financière et l’utilisation d’indicateurs de revenus parfois trompeurs, qui masquent la réalité de la trésorerie disponible. Pour les experts, la capacité des deux laboratoires à transformer leurs modèles de recherche en sources de revenus stables reste une condition sine qua non à toute réévaluation crédible de leur signature financière.
Cette quête de notation met en lumière une interdépendance systémique inquiétante : les partenaires technologiques ont soutenu ces entreprises en pariant sur leur future autonomie financière, laquelle repose elle-même sur une valorisation boursière dont la solidité dépend de ces mêmes soutiens. Ce cercle vicieux financier, où chaque maillon sécurise le suivant, crée une vulnérabilité globale. Alors qu’Anthropic prépare son document d’introduction avec une valorisation potentielle dépassant les 2 000 milliards de dollars, les investisseurs observent avec attention si le marché acceptera de transformer cette promesse technologique en une dette de qualité supérieure.