Après six décennies aux commandes de l'empire financier Berkshire Hathaway, Warren Buffett a officiellement quitté la présidence du conseil d'administration à l'âge de 96 ans. Ce changement de gouvernance, annoncé en septembre 2026, marque une transition planifiée de longue date : l'investisseur devient « président d'honneur », tandis que son fils, Howard G. Buffett, prend la tête du conseil. La gestion opérationnelle demeure entre les mains du PDG Greg Abel, assurant une continuité culturelle pour le conglomérat tout en entérinant une passation de pouvoir symbolique au sein de l'une des structures les plus influentes de la finance mondiale.

Le mandat de Warren Buffett restera indissociable de sa prise de position virulente contre le Bitcoin. Durant plus d'une décennie, le financier a multiplié les sorties médiatiques, qualifiant régulièrement l'actif numérique de « poison à rats » ou d'« illusion collective ». Ce scepticisme profond et constant a servi de pilier à sa stratégie d'investissement, le poussant à ignorer les cryptomonnaies malgré leur ascension fulgurante. Cependant, ce dogme intransigeant a parfois été mis en perspective par les choix stratégiques de son conglomérat, créant un contraste saisissant entre ses déclarations publiques et les investissements réalisés en coulisses.

Le paradoxe de cette ère réside dans l'exposition indirecte de Berkshire Hathaway aux actifs numériques. En effet, le groupe a injecté plusieurs centaines de millions de dollars dans Nu Holdings, la maison-mère de la néobanque brésilienne Nubank. Or, cette entité propose activement des services de trading de cryptomonnaies à sa vaste clientèle. À travers cet investissement, valorisé à plus d'un milliard de dollars selon les données de 2024, le fonds dirigé par Buffett a indirectement profité de l'écosystème crypto qu'il dénonçait avec fermeté, illustrant une gestion pragmatique qui semble parfois s'écarter de la doctrine théorique prônée par son fondateur.

La question de l'évolution de cette posture est désormais posée. Si le communiqué officiel n'indique aucune inflexion de la stratégie vis-à-vis des actifs numériques, le retrait de la figure emblématique anti-crypto ouvre une période d'incertitude. Greg Abel, en sa qualité de nouveau patron opérationnel, n'a jamais repris à son compte les critiques acerbes de son prédécesseur. Alors que certains analystes estiment que Berkshire Hathaway a manqué des opportunités de gains massifs en s'abstenant d'investir directement dans le secteur, le monde financier observe avec attention si cette nouvelle direction imposera une rupture doctrinale ou si elle maintiendra l'héritage prudentiel de celui qui aura, durant soixante ans, dicté sa loi sur les marchés internationaux.