Une page majeure de l'histoire financière contemporaine se tourne avec le retrait de Warren Buffett de la présidence de Berkshire Hathaway. À l'âge de 96 ans, celui que l'on surnomme l'Oracle d'Omaha cède officiellement son fauteuil à son fils, Howard Buffett, tout en conservant un titre honorifique de président d'honneur. Cette transition, planifiée de longue date, laisse toutefois les rênes opérationnelles à Greg Abel, qui occupe le poste de CEO depuis le début de l'année 2026. Sous l'égide de son fondateur, le conglomérat est passé d'une entreprise textile moribonde à un empire colossal valorisé à environ 1 000 milliards de dollars, affichant une croissance annuelle moyenne de près de 20 % sur six décennies, soit le double de la performance du S&P 500.
Le départ de la figure de proue de Berkshire intervient alors que le groupe dispose d'une puissance de feu financière sans précédent. À la fin du premier semestre 2026, la firme affichait une trésorerie record de 359,2 milliards de dollars, principalement composée de liquidités et de bons du Trésor américain. Malgré cette solidité structurelle et un résultat opérationnel annuel dépassant les 44 milliards de dollars, l'action du conglomérat connaît une année 2026 plus terne que le marché global, avec une progression limitée à 1 % contre plus de 11 % pour l'indice de référence américain. Cette situation place la nouvelle équipe dirigeante sous le feu des projecteurs quant à l'allocation future de ce capital colossal, dans un contexte de mutation technologique rapide.
Pour la communauté des actifs numériques, ce remaniement marque surtout le retrait de l'un des détracteurs les plus virulents du Bitcoin. Warren Buffett n'avait jamais mâché ses mots, qualifiant la première cryptomonnaie de « mort-aux-rats au carré » et prédisant une fin désastreuse pour le secteur. Si son fils Howard devient le garant de la culture et des valeurs historiques de l'entreprise, son silence radio concernant les technologies blockchain soulève des interrogations sur une possible ouverture. Toutefois, le pouvoir de décision en matière d'investissement repose désormais sur Greg Abel et ses gérants, Todd Combs et Ted Weschler, une génération potentiellement plus pragmatique face aux évolutions des marchés financiers.
Actuellement, l'exposition de Berkshire Hathaway au secteur crypto est devenue extrêmement résiduelle. Après avoir investi dans la banque numérique brésilienne Nu Holdings, le conglomérat s'est totalement désengagé du capital au début de l'année 2025, réalisant une plus-value estimée à 250 millions de dollars. Les liens restants avec cet écosystème sont désormais indirects, passant par des participations massives dans des géants comme Alphabet, dont les services d'infrastructure sont essentiels au Web3, ou encore via des leaders du paiement tels que Visa et Mastercard, de plus en plus impliqués dans la tokenisation d'actifs et les solutions de stablecoins.
À court terme, un virage radical vers l'achat direct de devises numériques semble hautement improbable pour l'institution d'Omaha. L'héritage intellectuel laissé par Buffett, axé sur la valeur intrinsèque et la génération de flux de trésorerie, reste le socle de la stratégie du groupe. Néanmoins, l'intérêt croissant de la finance traditionnelle pour la tokenisation des actifs réels (RWA) et l'efficacité des réseaux décentralisés pourrait pousser la nouvelle direction à reconsidérer son hostilité historique. Le renouvellement générationnel au sein de Berkshire Hathaway pourrait ainsi favoriser une approche plus technologique, privilégiant l'adoption de l'infrastructure financière moderne plutôt que la spéculation pure sur les actifs numériques.