Le secteur du minage de Bitcoin traverse une phase de turbulence inédite. Après avoir atteint un sommet historique à 156 térahashs (T) fin 2025, la difficulté de minage a entamé une décrue continue, chutant jusqu’à 125,8 T en septembre 2026. Cette séquence de dix mois de baisse ininterrompue constitue une anomalie majeure dans l’histoire du réseau, comparable uniquement à l’épisode de 2021 lors de l'interdiction du minage en Chine. Cette tendance illustre une érosion structurelle de la rentabilité, marquée par un hashprice (revenu quotidien par unité de puissance) ayant touché un point bas critique en juin dernier.
La situation financière des entreprises spécialisées révèle une dégradation préoccupante de leurs marges opérationnelles. Malgré une production de bitcoins parfois supérieure à l'année précédente, des acteurs majeurs comme MARA ou Riot ont vu leur chiffre d'affaires fondre, plombés par une hausse drastique des coûts de production. En incluant l’amortissement des infrastructures et du matériel ASIC, le coût de minage par unité dépasse désormais largement le prix de vente du marché. Cette impasse économique a contraint les sociétés cotées à une stratégie de survie radicale : au premier trimestre 2026, elles ont liquidé plus de 32 000 BTC pour financer une transition technologique vers le secteur de l'intelligence artificielle.
Ce basculement vers l'IA ne relève plus de la simple diversification, mais d'une véritable mutation industrielle. Des contrats massifs, se chiffrant en milliards de dollars, ont été conclus avec des géants technologiques tels qu'AWS ou Anthropic pour transformer les centres de minage en infrastructures dédiées aux services cloud et à l'IA. Cette réorientation est devenue si profonde que certains acteurs, à l'instar de l'ex-Bitfarms devenu Keel Infrastructure, ont totalement cessé leurs opérations de minage pour se reconvertir en hébergeurs spécialisés. Pour ces entreprises, le passage à l'IA offre une stabilité de revenus et une prévisibilité financière que le minage de Bitcoin, soumis à la volatilité du cours et aux cycles de halving, ne garantit plus.
Le marché boursier reflète désormais cette rupture, avec une divergence croissante entre les mineurs persistants et ceux engagés dans la transition numérique. Pour la première fois depuis une décennie, le hashrate global ne suit plus mécaniquement la remontée des cours du Bitcoin, signe que les ressources énergétiques et matérielles sont définitivement captées par d'autres usages. À l'horizon 2028, le prochain halving menace d'assécher davantage les revenus des opérateurs encore actifs, alors que les frais de transaction restent insuffisants pour compenser la réduction de la récompense de bloc. Cette pression constante confirme que l'avenir de l'industrie se joue désormais sur une intégration étroite entre puissance de calcul et besoins énergétiques de l'économie de l'IA.