Dans l'écosystème des actifs numériques, le mois de septembre est souvent perçu comme une période délicate, une réputation nourrie par des statistiques historiques peu engageantes. Entre 2013 et 2024, le Bitcoin a enregistré une performance moyenne de -3,5 % durant ce mois, avec une séquence particulièrement marquée de six années consécutives dans le rouge entre 2017 et 2022. Ce phénomène, baptisé par les investisseurs « Septembear », dépasse d'ailleurs le cadre des cryptomonnaies, puisque les marchés financiers traditionnels, à l'instar du S&P 500, affichent également des tendances saisonnières historiquement baissières à cette période de l'année.
Plusieurs facteurs techniques et structurels expliquent cette pression vendeuse récurrente sur le marché. Le retour des opérateurs après la pause estivale s'accompagne souvent d'un regain de volatilité, accentué par des échéances majeures telles que les réunions de la Réserve fédérale, les expirations trimestrielles de produits dérivés et les clôtures comptables, notamment au Japon et aux États-Unis. Ces dernières favorisent des stratégies d'optimisation fiscale, comme le tax-loss harvesting, où les investisseurs cèdent leurs positions déficitaires pour alléger leur charge d'impôt, impactant mécaniquement le cours des actifs.
Toutefois, la pertinence de cette "malédiction" est de plus en plus contestée, notamment au regard de la maturité croissante du marché. Les deux derniers exercices, 2023 et 2024, ont d'ailleurs rompu avec cette tradition en affichant des rendements positifs. L'influence prépondérante du cycle de halving semble jouer un rôle bien plus déterminant que le simple calendrier. Dans les phases d'accumulation, la tendance haussière peut facilement occulter les biais saisonniers, démontrant que la dynamique temporelle du Bitcoin est davantage corrélée aux cycles monétaires qu'aux fluctuations mensuelles aléatoires.
L'intégration des ETF spot américains constitue un changement de paradigme majeur qui fragilise la théorie du signal saisonnier. Avec l'arrivée massive d'investisseurs institutionnels et de grandes entreprises intégrant le Bitcoin à leur trésorerie, la demande marginale ne suit plus les caprices de l'almanach. Ces flux financiers, souvent automatisés et basés sur des rééquilibrages de portefeuilles à long terme, neutralisent les vieux réflexes spéculatifs. Dès lors, les indicateurs tels que les flux entrants dans les ETF et l'intérêt ouvert sur les dérivés deviennent des outils d'analyse bien plus robustes que les observations statistiques issues d'une époque où le marché était encore embryonnaire.