L’ancien président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), Chris Giancarlo, livre une analyse tranchée sur la trajectoire monétaire des États-Unis. Pour celui qui est surnommé « Crypto Dad », le resserrement monétaire actuel orchestré par la Réserve fédérale, couplé à une dette publique américaine dépassant désormais les 40 200 milliards de dollars, constitue un terreau fertile pour l'adoption massive du Bitcoin. Alors que les charges d'intérêts sur cette dette colossale s'envolent, menaçant la stabilité du dollar, Giancarlo voit dans l'actif numérique une valeur refuge indispensable, portée par une rareté mathématique inscrite dans son code.

Le raisonnement s'appuie sur une corrélation observée : la récente progression du cours du Bitcoin, qui a franchi la barre des 84 000 dollars, semble accompagner le durcissement des taux directeurs. Alors que la probabilité d'une nouvelle hausse des taux lors de la prochaine réunion du FOMC est évaluée à près de 70 %, l'ancien régulateur souligne l'antinomie entre la gestion budgétaire traditionnelle et la rareté programmée de la cryptomonnaie. Pour lui, Bitcoin remplit la fonction historique des matières premières, tout en offrant une protection contre une érosion monétaire qu'il juge inévitable à long terme.

Fort de son expérience à la tête de la CFTC entre 2017 et 2019, Giancarlo revient sur son rôle déterminant dans l'intégration institutionnelle des actifs numériques. En autorisant les premiers contrats à terme sur Bitcoin en 2017, il a posé les jalons d'un marché désormais liquide et transparent, capable d'absorber des actifs variés comme l'Ethereum ou le Solana. Il estime que cette dynamique démontre la capacité des autorités de régulation à encadrer l'innovation, à condition que la volonté politique soit présente, à l'image des efforts actuels pour réguler les stablecoins et favoriser la tokenisation des titres financiers.

La vision de l'ancien régulateur s'étend au-delà du Bitcoin vers une transformation profonde des infrastructures de marché. Il anticipe qu'à l'horizon 2036, la quasi-totalité des émissions de titres financiers transiteront par la technologie blockchain. En s'appuyant sur les travaux de son successeur à la CFTC, Mike Selig, Giancarlo prône une adaptation réglementaire progressive, similaire à l'encadrement historique d'Internet. Selon lui, le système financier mondial se dirige inéluctablement vers un fonctionnement continu en mode "on-chain", confirmant ainsi que la transition numérique n'est plus une simple hypothèse, mais une réalité opérationnelle en devenir.