L’écosystème français des actifs numériques franchit une étape cruciale avec la tenue du premier Forum (cyber) sécurité, une initiative conjointe de la Ligue pour la Sécurité du Web3 (LSW3) et de l’ADAN. Ce rendez-vous marque une prise de conscience collective face à la multiplication et à la professionnalisation des menaces. Le spectre des risques s'élargit désormais au-delà du simple domaine numérique : aux attaques par phishing et aux fuites de données affectant les plateformes, s'ajoutent des agressions physiques ciblant directement les détenteurs de cryptomonnaies et les dirigeants du secteur.
Le constat dressé lors des tables rondes souligne l'urgence de la situation. Le phishing demeure la menace prédominante, exacerbée par des fuites d'informations qui fragilisent la sécurité des utilisateurs. Parallèlement, les récents incidents de sécurité ayant frappé plusieurs prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) ont mis en lumière la vulnérabilité systémique des infrastructures actuelles. Ces failles ne représentent pas seulement un danger pour les actifs, mais menacent également la confiance globale nécessaire au développement pérenne du marché crypto français.
Les échanges ont également mis en exergue le rôle pivot des autorités judiciaires et de Tracfin. Un chiffre interpelle : bien que des millions de plaintes soient enregistrées annuellement dans l'Hexagone, moins de 10 % débouchent sur l'ouverture d'une information judiciaire. Face à cette complexité, les magistrats appellent à une expertise hybride, alliant criminalité financière et cybercriminalité. La rareté des profils techniques spécialisés, capables d'analyser les flux on-chain, demeure un défi majeur pour le traitement efficace des dossiers criminels complexes impliquant des crypto-actifs.
Le succès durable de cette stratégie repose désormais sur une coopération renforcée entre le secteur public et privé. Si les autorités manifestent un besoin croissant en matière de traçage et d'analyse technique, le cadre opérationnel reste à clarifier. L'absence de normalisation des rapports d'enquête fournis par des acteurs privés limite leur recevabilité judiciaire. Le rapprochement initié par l'ADAN et la LSW3 vise donc à instaurer un dialogue normatif indispensable pour transformer ces outils d'analyse en leviers juridiques exploitables par les enquêteurs.