Des documents judiciaires récemment dévoilés par le département de la Justice des États-Unis (DOJ) ont mis en lumière les tactiques opérationnelles des Brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, en matière de collecte de fonds numériques. En février 2025, une communication interceptée par le FBI a révélé que l'organisation fournissait des instructions précises à ses donateurs, les incitant explicitement à ne pas finaliser leurs transactions via la plateforme Binance. Bien que le service soit jugé acceptable pour l'acquisition initiale d'actifs numériques, il est formellement déconseillé pour le transfert final vers les portefeuilles de réception de l'organisation.

Au lieu de Binance, les instigateurs privilégiaient l'utilisation d'alternatives telles que Trust Wallet, Bybit, OKX, ou encore les services de paiement Kast et RedotPay. Cette stratégie visait principalement à acheminer des jetons USDT via le réseau blockchain Tron (TRC-20). Il est toutefois crucial de souligner que la mention de ces entités dans les échanges du Hamas ne constitue en rien une preuve de complicité ou de facilitation de la part des plateformes citées, qui appliquent toutes des procédures strictes de vérification d'identité (KYC).

Ces directives reflètent une adaptation constante face aux outils de surveillance financière. Historiquement, le Hamas a longtemps utilisé le Bitcoin pour ses campagnes de financement, avant de faire marche arrière en 2023 en raison de l'efficacité croissante de l'analyse on-chain, qui permettait aux autorités de retracer les flux et de protéger les donateurs contre d'éventuelles sanctions. Le passage vers des stablecoins comme l'USDT sur le réseau Tron démontre une tentative de maintenir des flux financiers clandestins malgré une pression réglementaire accrue à l'échelle internationale.

Les conséquences de ces efforts de dissimulation demeurent cependant limitées face à la puissance de frappe des régulateurs. Au cours de l'année 2025, les autorités américaines ont mené plusieurs opérations fructueuses, parvenant à saisir environ 560 000 dollars en cryptomonnaies liées à ces activités. Cette réussite souligne une réalité technologique indéniable : la nature publique des registres blockchain rend le gel des actifs possible dès lors que des adresses sont identifiées et placées sur liste noire, quelle que soit la méthode de transfert utilisée par les acteurs malveillants.

En définitive, cet épisode illustre les enjeux majeurs auxquels est confronté l'écosystème crypto : la lutte permanente contre le financement d'activités illicites. Si les organisations criminelles tentent d'exploiter la diversité des services décentralisés ou des passerelles de paiement pour brouiller les pistes, la collaboration accrue entre les services de renseignement et les analystes blockchain réduit drastiquement l'espace de manœuvre. L'anonymat total, souvent perçu comme la promesse de la technologie, se heurte désormais à une traçabilité de plus en plus sophistiquée, rendant l'usage des cryptomonnaies à des fins de terrorisme toujours plus complexe et risqué.