Le paysage réglementaire américain des actifs numériques vient de subir un coup d'arrêt majeur. Le 15 septembre 2026, le Sénat des États-Unis a rejeté la motion de clôture sur le Digital Asset Market Clarity Act, faute d'avoir atteint le seuil indispensable de 60 voix. Malgré la présentation d'un compromis de plus de 600 pages intégrant de nombreuses concessions, l'initiative législative s'est heurtée à deux obstacles insurmontables : des controverses éthiques entourant les conflits d'intérêts au plus haut sommet de l'État et une vive opposition du secteur bancaire traditionnel, inquiet des règles d'émission des stablecoins.
La sanction des marchés a été immédiate et brutale. Le cours du Bitcoin a enfoncé le niveau support des 75 000 dollars, concédant un repli supérieur à 5 % en 24 heures et s'éloignant de près de 40 % de son sommet historique d'octobre 2025. Cette secousse a provoqué une cascade de liquidations touchant plus de 120 000 traders, pour un montant global dépassant 769 millions de dollars, principalement sur des positions acheteuses. Dans la foulée, les actions des entreprises fortement exposées à la crypto, comme Coinbase et Strategy, ont subi des baisses sévères, tandis que les entreprises de minage ont affiché une résistance relative.
Cette dégradation du sentiment du marché est accentuée par un environnement macroéconomique défavorable. Avec une inflation américaine remontée à 3,4 % et un baril de pétrole Brent franchissant les 106 dollars sur fond de tensions géopolitiques, les investisseurs anticipent à 92 % une hausse de taux de 25 points de base lors de la réunion de la Réserve fédérale. Même des flux entrants positifs sur les ETF Bitcoin au comptant n'ont pas permis d'endiguer la pression vendeuse, éclipsés par les craintes de resserrement monétaire.
L'abandon prévisible de ce texte prolonge le flou stratégique pour l'industrie des crypto-actifs aux États-Unis. En l'absence d'un cadre législatif unifié répartissant clairement les prérogatives entre la SEC et la CFTC, les entreprises devront continuer de composer avec des réglementations sectorielles fragmentées. Alors que les élections de mi-mandat de novembre approchent, les organismes de lobbying du secteur s'apprêtent à revoir leur démarche politique, pendant que le marché demeure avant tout suspendu aux décisions de la banque centrale américaine.