L’Éthiopie, devenue une destination de choix pour les acteurs du minage de cryptomonnaies grâce à ses tarifs hydroélectriques compétitifs, fait face à une crise énergétique sans précédent. Confrontée aux effets climatiques du phénomène El Niño, la compagnie nationale Ethiopian Electric Power (EEP) a pris la décision radicale de réduire de 75 % l'approvisionnement électrique dédié aux fermes de minage. Cette mesure drastique vise prioritairement à sécuriser l'alimentation en électricité des ménages et des industries locales, alors que les niveaux d'eau dans les réservoirs, notamment ceux du Grand barrage de la Renaissance, subissent une baisse significative.
Le modèle économique de l’opérateur éthiopien se trouve ainsi fragilisé par cette dépendance aux ressources hydrauliques. Bien que le minage de Bitcoin ne représente qu'une part modérée de la capacité totale du réseau, il constituait jusqu'ici une source de revenus substantielle pour EEP, générant une part importante de ses recettes annuelles. Les autorités éthiopiennes estiment que la sécheresse actuelle pourrait provoquer une contraction de près de 40 % des revenus en devises étrangères, forçant l'entreprise à revoir ses objectifs de production à la baisse pour les exercices à venir.
Cette situation met en exergue les risques structurels liés à l'implantation de centres de données gourmands en énergie dans des régions vulnérables aux aléas climatiques. Si le réseau Bitcoin possède une capacité intrinsèque à s'adapter grâce à l'ajustement automatique de sa difficulté de minage, les entreprises opérant en Éthiopie subissent, elles, un choc opérationnel direct. Environ une trentaine d'entités sont actuellement concernées par ces restrictions, dont l'ampleur réelle reste difficile à quantifier précisément faute de détails sur les sites ciblés.
Face à ce défi, le gouvernement éthiopien cherche désormais à diversifier son mix énergétique en accélérant le développement du solaire et de l'éolien. Cette transition vise à réduire la vulnérabilité du pays vis-à-vis de l'hydroélectricité, tout en réévaluant la place des mineurs de cryptomonnaies au sein de la stratégie énergétique nationale. À court terme, Addis-Abeba privilégie la résilience du service public, illustrant la tension croissante entre l'attractivité numérique du pays et les nécessités vitales de sa population en période de stress climatique.