La recrudescence de la violence physique ciblant les détenteurs de crypto-actifs marque un tournant préoccupant pour le secteur. À l'échelle mondiale, les extorsions et séquestrations ont permis aux criminels de dérober 58 millions de dollars en 2025, un niveau record dépassé dès la première moitié de l'année 2026 avec plus de 30 millions de dollars volés. La France s'impose désormais comme un foyer majeur de cette criminalité, totalisant 77 affaires d'enlèvement ou de tentatives à la mi-2026, contre 45 sur l'ensemble de l'année précédente. Cette déferlante s'explique par la démocratisation des monnaies numériques, qui concernent près de 6 millions de personnes dans l'Hexagone, combinée à la multiplication des fuites de données personnelles permettant aux malfaiteurs de croiser les adresses physiques et les patrimoines virtuels.
Le choix des actifs numériques par les ravisseurs repose sur des caractéristiques attractives mais à double tranchant. La rapidité des transferts et l'absence de garde-fous bancaires permettent d'évacuer des sommes colossales sans contrôle préalable. Néanmoins, contrairement aux idées reçues sur l'anonymat total, la transparence inhérente à la blockchain rend les transactions entièrement traçables. L'affaire de la séquestration du cofondateur de Ledger en janvier 2025 l'a démontré : la quasi-totalité de la rançon versée a pu être pistée et récupérée par les autorités. Pour contrer cette traçabilité, les réseaux criminels aguerris s'efforcent d'obscurcir les flux en usant de plateformes décentralisées, de passerelles inter-blockchains ou d'infrastructures basées dans des juridictions non coopératives.
Face à cette menace, la chaîne de réponse judiciaire repose sur la collaboration entre experts de l'analyse en ligne et magistrats. L'objectif consiste à remonter l'historique des portefeuilles jusqu'à identifier des plateformes d'échange centralisées, seules habilitées à geler les fonds sur réquisition légale. En France, l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués enregistre des progrès notables, avec 16,2 millions d'euros de crypto-actifs saisis en 2025 contre 4,9 millions d'euros en 2024. Toutefois, malgré des magistrats spécialisés très compétents, le manque chronique de moyens opérationnels freine le traitement massif des dossiers et limite le taux global de récupération.
Cette vulnérabilité institutionnelle favorise l'émergence de risques secondaires, notamment la recrudescence des faux services de recouvrement. De nombreux escrocs démarchent les victimes en promettant la restitution directe de leurs jetons, alors même qu'aucune entité privée ne dispose du pouvoir légal d'exécuter une saisie sans mandat. Au final, si la restitution des fonds dérobés reste techniquement envisageable après une agression, son succès dépend de manière critique de la réactivité des victimes, de la complexité du parcours d'obscurcissement emprunté par les ravisseurs et de la qualité de la coopération judiciaire internationale.