La sécurité des portefeuilles Bitcoin repose avant tout sur une notion fondamentale : l'entropie. Pour qu'une phrase de récupération (seed) soit réellement inviolable, le nombre aléatoire qui la génère doit être imprévisible par nature. Or, les générateurs de nombres pseudo-aléatoires classiques, utilisés par la plupart des solutions logicielles, sont par définition déterministes. Une vulnérabilité dans cet algorithme pourrait permettre à un attaquant de prédire la clé privée et de compromettre les fonds. Face à ce risque, des initiatives émergent pour ancrer la création de ces clés dans des phénomènes physiques réels plutôt que dans des séquences logiques programmées.
Le projet open source Entropy32 Plus propose une approche radicale en utilisant la désintégration radioactive comme source primaire de hasard. Le dispositif repose sur un compteur Geiger qui mesure les intervalles temporels entre les événements de désintégration atomique, des phénomènes quantiques intrinsèquement aléatoires. Ces données brutes sont ensuite traitées par une fonction de hachage SHA-256 pour uniformiser la distribution, avant d'être converties en la séquence de mots normalisée BIP39. L'ensemble fonctionne sur un microcontrôleur ATmega328P dépourvu de toute connectivité, garantissant ainsi une isolation totale contre les menaces extérieures.
L'enjeu majeur ici est celui de la souveraineté numérique et de la transparence. Contrairement aux fabricants de portefeuilles physiques classiques, qui s'appuient sur des éléments sécurisés propriétaires dont le fonctionnement interne reste souvent une "boîte noire" inaccessible à l'audit, Entropy32 Plus mise sur une approche communautaire. En publiant ses schémas et son code sous licences ouvertes, le créateur du projet permet à quiconque de vérifier le processus de génération, minimisant ainsi la confiance aveugle accordée aux constructeurs industriels.
Cependant, ce projet demeure au stade expérimental. Bien que séduisante sur le plan théorique, la solution n'a pas encore été soumise aux tests rigoureux du standard NIST SP 800-90B, qui certifie la qualité statistique des sources d'aléa. Des experts soulignent également une difficulté technique majeure : garantir l'intégrité de la chaîne de traitement pour s'assurer que les données finales proviennent exclusivement du capteur radioactif et non d'interférences logicielles. Par conséquent, il est formellement déconseillé d'utiliser ce dispositif pour protéger des actifs importants sans une vérification indépendante approfondie.