L’économie égyptienne traverse une zone de turbulences marquée par une dévaluation massive de sa devise nationale. Malgré un cadre législatif particulièrement répressif, l’usage du Bitcoin au sein de la population connaît une progression fulgurante. Alors que la livre égyptienne a vu sa valeur chuter de manière drastique par rapport au dollar, les volumes d'échanges en pair-à-pair (P2P) ont bondi de 300 %, signe d'un basculement technologique dicté par la nécessité de survie financière.

Le cadre juridique en vigueur, régi par la loi bancaire de 2020, punit pourtant sévèrement toute activité liée aux actifs numériques, avec des peines de prison et des amendes dissuasives pouvant atteindre 10 millions de livres égyptiennes. Cette interdiction est renforcée par des positions religieuses conservatrices qualifiant ces transactions de non conformes à la loi islamique. Toutefois, cette pression institutionnelle semble perdre en efficacité à mesure que le pouvoir d’achat des citoyens s’érode, rendant la menace de sanctions secondaires face à l'urgence de protéger ses économies contre l'inflation galopante.

Le recours massif aux plateformes de gré à gré constitue une réponse stratégique des Égyptiens pour contourner la surveillance des autorités. Contrairement aux plateformes d'échange centralisées, faciles à bloquer ou à réguler, les transactions directes via des messageries cryptées demeurent opaques pour le régulateur. Cette adaptation technologique illustre une tendance de fond observée dans plusieurs pays de la région : lorsque la monnaie souveraine vacille, les citoyens se tournent inévitablement vers des actifs décentralisés pour s'affranchir du contrôle étatique et des pénuries de devises étrangères.

Les enjeux pour le pays sont complexes, le gouvernement tentant de stabiliser sa situation macroéconomique avec l'appui de programmes du Fonds monétaire international, tout en faisant face à une baisse notable des revenus du canal de Suez. La persistance de cette défiance populaire envers la monnaie locale souligne une limite fondamentale de l'action publique : les décisions monétaires et les interdits légaux peinent à endiguer la fuite des capitaux lorsque la confiance dans le système financier traditionnel s'effondre. Cette situation égyptienne s'inscrit dans un mouvement plus large à l'échelle du continent, où le Bitcoin s'impose de plus en plus comme une alternative pragmatique face à l'instabilité chronique des monnaies fiat.