La Securities and Exchange Commission (SEC) a enclenché une procédure d’enquête visant les activités de financement du fonds spéculatif Situational Awareness, dirigé par Leopold Aschenbrenner. Le régulateur financier américain a adressé des injonctions formelles à quatre piliers de Wall Street : Goldman Sachs, JPMorgan, Citigroup et Bank of America. L'objectif est d'obtenir une transparence totale sur les transactions et les échanges de liquidités ayant eu lieu entre ces institutions bancaires et le fonds, particulièrement durant la période de turbulences de juillet dernier qui a secoué les marchés technologiques.

Le fonds, qui avait atteint une taille impressionnante de 20 milliards de dollars d'actifs en moins de deux ans grâce à une stratégie de levier agressif sur les titres liés à l'intelligence artificielle, a été durement frappé par le retournement soudain du secteur. Pour éviter un effondrement complet, le gérant a dû liquider l'essentiel de ses positions en urgence auprès de Citadel, une opération réalisée avec une décote de 10 %. Depuis, la firme de Ken Griffin a largement redistribué ces actifs sur le marché, totalisant plus de 4 milliards de dollars de transactions en blocs.

Cette intervention de la SEC met en lumière les risques systémiques inhérents au secteur du prime brokerage. La pratique consistant à prêter des capitaux en échange de garanties est une source de revenus majeure pour les grandes banques, mais elle crée des zones d'ombre significatives. Le principal enjeu pour les autorités est de déterminer si les établissements financiers possédaient une vision exhaustive de l'exposition totale du fonds. En multipliant les sources de crédit, un gérant peut effectivement masquer son levier global, une faille qui rappelle les récents scandales ayant fragilisé la stabilité des marchés.

Au-delà de la surveillance, la SEC cherche à reconstituer la chronologie précise des échanges ayant précédé la vente d'urgence. Le régulateur s'intéresse particulièrement aux conditions des appels de marge et aux communications entre le fonds et ses créanciers lors des jours critiques. Si aucune accusation n'a encore été portée, l'enquête souligne une volonté accrue des autorités d'encadrer les pratiques de crédit les plus opaques. De son côté, Situational Awareness affirme sa volonté de coopérer pleinement, tout en annonçant l'arrêt définitif de l'utilisation de l'effet de levier bancaire pour ses futures stratégies sur les marchés cotés.