L’Arabie saoudite a officiellement mis un terme à sa participation au projet mBridge, une initiative multilatérale de paiements transfrontaliers basée sur la technologie blockchain et pilotée par la Chine. Alors que le royaume avait rejoint ce consortium en 2024, aux côtés de la Thaïlande, de Hong Kong et des Émirats arabes unis, ce désengagement coïncide avec la clôture officielle de la phase pilote, actée le 13 mai 2025. Si cette sortie alimente de nombreuses interprétations géopolitiques, la banque centrale saoudienne (SAMA) insiste sur le fait qu'il s'agit de l'aboutissement naturel d'un mandat limité dans le temps, et non d'une rupture politique abrupte.
Le projet mBridge représente une infrastructure technologique ambitieuse conçue pour permettre aux banques centrales d'échanger des monnaies numériques directement entre elles. L'enjeu fondamental réside dans la volonté de contourner les circuits financiers traditionnels, et plus spécifiquement le réseau SWIFT, afin de réduire la dépendance au dollar américain. Cette architecture, observée de près par Washington, soulève des craintes quant à une possible érosion de l'efficacité des sanctions financières occidentales, faisant de cette plateforme un sujet hautement sensible sur l'échiquier international.
Ce retrait saoudien survient dans un contexte de fragilisation progressive du projet initial. La Banque des règlements internationaux (BRI), qui supervisait les développements, s'était déjà retirée en octobre 2024 après l'atteinte d'un stade de viabilité technique. Désormais, le noyau dur de l'initiative se resserre autour de la Chine, de Hong Kong, de la Thaïlande et de Macao. Bien que les Émirats arabes unis maintiennent pour l'heure leur engagement, le départ de Riyad constitue un signal fort : celui d'une préférence pour une souveraineté technologique totale plutôt que pour une intégration dans un système dont les règles de gouvernance sont largement impulsées par Pékin.
Malgré ce retrait, l'Arabie saoudite ne renonce pas pour autant à ses ambitions dans le secteur des monnaies numériques de banque centrale (MNBC). Le royaume poursuit ses propres expérimentations internes, privilégiant une approche où il conserve le contrôle total sur ses infrastructures. Cette stratégie souligne un constat majeur : si la dédollarisation demeure un objectif partagé par plusieurs puissances émergentes, les voies pour y parvenir divergent. La Chine cherche à imposer une plateforme multilatérale comme nouveau standard mondial, tandis que les pays partenaires, à l'instar de l'Arabie saoudite, semblent privilégier la flexibilité et l'autonomie de leurs propres systèmes financiers nationaux.