Illustration générée avec OpenAI
Une étape franchie au Congrès pour la Réserve stratégique de Bitcoin
Ce 16 septembre 2026, la Commission des services financiers de la Chambre des représentants américaine a adopté, par 28 voix contre 21, l'American Reserve Modernization Act (ARMA), également référencé sous le nom H.R. 8957. Le texte, porté par le représentant Républicain Nick Begich, vise à codifier dans la loi américaine la Réserve stratégique de Bitcoin initiée par décret présidentiel de Donald Trump en 2025.
Concrètement, le projet demande au département du Trésor de créer, dans les 180 jours suivant la promulgation, une installation sécurisée de stockage de bitcoins, appelée « Strategic Bitcoin Reserve ». Une seconde structure, le « Digital Asset Stockpile », accueillerait les autres crypto-actifs détenus par l’État fédéral, comme Ethereum (ETH) notamment.


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Le cœur du projet : centraliser les BTC sans en acheter
C’est là que le texte devient particulièrement intéressant, et révélateur des tensions budgétaires américaines. L’ARMA ne prévoit aucun achat direct de bitcoins financé par le contribuable. La section 9 du projet de loi est explicite sur ce point : « Rien dans cette section ne doit être interprété comme autorisant un emprunt, une nouvelle taxation ou une dépense déficitaire dans le but d’acquérir du Bitcoin ».
Lors des débats en commission, le représentant républicain Bryan Steil a livré l’un des arguments les plus concrets en faveur du texte, en pointant l’état actuel de la garde des bitcoins fédéraux. Selon lui, « nous ne pouvons pas laisser le Bitcoin détenu par le gouvernement fédéral dépérir dans une garde fragmentée et incohérente. Cela pose des risques de cybersécurité inacceptables et ne permet pas de rendre compte correctement de ce que le gouvernement fédéral possède réellement ».
L’ARMA répond directement à ce constat en imposant au Trésor de centraliser la garde de tous les bitcoins et autres actifs numériques saisis dans le cadre de procédures civiles ou pénales, tout en instaurant une comptabilité exhaustive et des protections renforcées contre les cyberattaques.
Watch: @RepBryanSteil in support of H.R. 8957:
"We cannot allow Bitcoin to be held by the federal government to languish in fragmented and inconsistent custody. It poses unacceptable, unacceptable cybersecurity risks and fails to give an adequate accounting of what the federal… pic.twitter.com/Zrhno96V1v
— Financial Services GOP (@FinancialCmte) September 16, 2026

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Combien de bitcoins l’État fédéral US détient-il réellement ?
La section 7 du texte impose à chaque agence fédérale de fournir au Trésor, dans un délai de 60 jours après promulgation, un inventaire complet de tous les bitcoins et autres crypto-actifs sous son contrôle. Une opération de recensement inédite, alors que les holdings fédéraux sont aujourd’hui dispersés entre plusieurs administrations (FBI, DOJ, DEA, US Marshals Service, bureaux des procureurs).
Selon les données on-chain d’Arkham Intelligence (voir ci-dessous), le gouvernement américain contrôlerait environ 324 527 BTC, valorisés à près de 24,9 milliards de dollars au cours actuel de Bitcoin (autour des 76 600 dollars l’unité en cet instant).
Cette masse de la précieuse cryptomonnaie provient de saisies emblématiques, notamment celles liées au marché noir Silk Road, au hack de la plateforme Bitfinex de 2016, ainsi qu’à l’adresse dite du LuBian Hacker. Ce crypto-trésor fait des États-Unis le plus grand détenteur souverain de Bitcoin au monde, devant le Royaume-Uni, le Salvador et les Émirats arabes unis. La Réserve stratégique US démarrerait donc avec une base déjà substantielle, sans avoir à débourser un dollar.

Le gouvernement américain possède la plus grande réserve souveraine de Bitcoin au monde, avec 324 527 BTC. (Arkham)
Les États-Unis n’achèteront pas de BTC avec de l’argent public frais, mais explorent d’autres pistes
Le texte H.R. 8957 demande au Trésor et au département du Commerce d’étudier, dans les 180 jours, des « stratégies budgétairement neutres » pour acquérir davantage de bitcoins sur cinq ans. Parmi les pistes envisagées on trouve ainsi :
- la conversion depuis les autres crypto-actifs détenus dans le Digital Asset Stockpile ;
- la réévaluation des certificats-or détenus par les banques de la Réserve fédérale ;
- les recettes de saisies civiles ou pénales ;
- les paiements d’impôts, tarifs douaniers ou dons volontaires ;
- des programmes coopératifs avec les États fédérés ou des partenaires internationaux.
Autrement dit, Washington veut se constituer une réserve en Bitcoin sans jamais sortir un dollar frais. Une gymnastique comptable rendue de toute façon nécessaire par l’état des finances publiques américaines. La dette fédérale américaine a dépassé les 40 000 milliards de dollars, ce qui rend politiquement complexe toute idée d’utiliser des fonds publics pour acquérir un actif à forte volatilité comme Bitcoin.
👉 Sur le même sujet – La Réserve stratégique de Bitcoin promise par Donald Trump se heurte à des obstacles bureaucratiques

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Une réserve de Bitcoin verrouillée pour 20 ans minimum
L’un des points les plus marquants du texte concerne la période de détention obligatoire. Tout bitcoin déposé dans la Réserve stratégique devra y rester pendant au minimum 20 ans. Un sacré HODL donc !
Aucune vente, aucun échange, aucune mise en collatéral n’est autorisé pendant cette période. Deux ans avant l’échéance, le Trésor devra soumettre au Congrès des recommandations sur la suite. Passé ce délai, la loi autoriserait au maximum la vente de 10 % des actifs tous les deux ans.
Cette contrainte crée mécaniquement un choc d’offre permanent : si les États-Unis accumulent effectivement du Bitcoin (avec les pistes sans dépenses publiques supplémentaires évoqués ci-dessus), ce seraient autant de BTC retirés du marché pendant deux décennies…
Transparence et Proof of Reserve : les garde-fous prévus
Le texte accorde également une place importante à la transparence des stocks de bitcoins. Un système de Proof of Reserve imposerait ainsi au Trésor de publier chaque trimestre :
- l’état détaillé des avoirs de la réserve ;
- les transactions effectuées ;
- une attestation cryptographique publique du contrôle des clés privées.
Un auditeur tiers indépendant, spécialisé dans les attestations cryptographiques, devra vérifier ces rapports. Le Government Accountability Office conserverait un rôle de supervision continue.
Le projet prévoit également que les États fédérés puissent volontairement stocker leurs propres bitcoins individuellement, dans des comptes ségrégués au sein de la réserve fédérale, tout en conservant la pleine propriété. Une manière d’inciter les États pro-Bitcoin, comme le Texas ou le Wyoming, à s’aligner sur la stratégie fédérale.

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DoD et DHS mobilisés : un dispositif sécuritaire sans équivalent, même pour les réserves d’or
Autre spécificité du texte, souvent passée sous silence : la Réserve stratégique de Bitcoin ne relève pas uniquement du Trésor US. La section 4(c) du projet impose au Secrétaire au Trésor de mettre en œuvre des mesures de « sécurité physique et cybersécurité, selon des standards commercialement raisonnables et technologiquement appropriés », pour protéger les bitcoins de la réserve ainsi que les actifs du Digital Asset Stockpile.
Et surtout, la section 4(c)(2) contraint le Trésor à consulter et collaborer avec le Secrétaire à la Défense (DoD), le Secrétaire à la Sécurité intérieure (DHS) et des experts du secteur crypto, afin de garantir le plus haut niveau de protection *(Source : Section 4(c)(2), H.R. 8957)*.
Cette architecture à trois piliers (Trésor, Défense, Sécurité intérieure) marque une rupture nette avec la gestion classique des réserves d’or de Fort Knox, dont la protection ne mobilise pas formellement le DoD et le DHS dans un cadre législatif. Elle traduit la perception, par le législateur, d’un risque hybride : à la menace physique traditionnelle s’ajoute une exposition cyber inédite, matérialisée dans le texte par l’exigence de démontrer publiquement le « contrôle des clés privées » lors des rapports trimestriels.
Game theory souveraine : qui suivrait les États-Unis ?
Au-delà du calendrier législatif, l’ARMA porte une charge géopolitique explicite. La section 2 du texte présente Bitcoin comme un actif capable de « renforcer le leadership financier et la sécurité des États-Unis dans l’économie mondiale du 21e siècle » et de « positionner les États-Unis à l’avant-garde de l’innovation financière mondiale ». Washington assume donc publiquement une logique de course à la rareté numérique, celle-là même qui pourrait forcer les autres banques centrales à se positionner.
Dans le reste du monde, Le Salvador continue effectivement de constituer sa propre réserve de Bitcoin, et détient un peu plus de 7 777 BTC en ce 17 septembre 2026 (et cela même malgré la pression du FMI). Le Bhoutan, à l’inverse, a liquidé plus de 70 % de ses avoirs, passant d’environ 13 000 BTC fin 2024 à près de 3 100 BTC en mai 2026 pour financer le projet Gelephu Mindfulness City.
Le Pakistan a annoncé en mai 2025 sa propre Strategic Bitcoin Reserve, en citant explicitement le décret du président Trump comme source d’inspiration, mais son bilan reste vide à l’heure actuelle. La Russie, elle, oriente son débat politique vers l’usage des actifs numériques dans le commerce extérieur et l’accumulation de réserves stratégiques, sans engagement chiffré.

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Et maintenant ? Les prochaines étapes
Le texte doit désormais passer devant la Chambre des représentants en séance plénière, avant d’être examiné par le Sénat. Un projet similaire y avait été introduit par Cynthia Lummis, mais celle-ci ne se représentera pas en 2026, ce qui prive le camp pro-Bitcoin d’une voix influente.
👉 Sur le même sujet – La sénatrice pro-Bitcoin Cynthia Lummis ne se représentera pas
La combinaison de l’ARMA avec le Digital Asset Tax Certainty Act, adopté le même jour par la Commission des voies et moyens (38 voix contre 5), montre une stratégie parallèle : avancer sur des textes techniques pendant que le CLARITY Act reste bloqué au Sénat.
Pour les investisseurs cryptos, le message reste ambivalent. D’un côté, la Réserve stratégique se rapproche d’une inscription pérenne dans la loi américaine, ce qui légitime durablement Bitcoin comme actif souverain. De l’autre, l’absence d’achats programmés limite l’impact immédiat sur le marché. La véritable question reste celle du timing : quand, et surtout comment, les États-Unis franchiront-ils le pas de l’acquisition active ?

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Source : Texte H.R. 8957 (American Reserve Modernization Act), Arkham