L’émergence des agents conversationnels dotés d’autonomie décisionnelle pourrait radicalement transformer la dynamique du secteur bancaire traditionnel. Selon une analyse récente de Torsten Slok, économiste en chef chez Apollo, ces assistants intelligents sont désormais capables d’optimiser proactivement la gestion financière des ménages. En surveillant en temps réel les opportunités de marché, ces outils automatisés pourraient systématiquement transférer les liquidités des clients vers les comptes offrant les meilleurs rendements, créant une pression inédite sur les institutions financières classiques.

Le modèle économique des banques repose historiquement sur une faille de comportement : l’inertie des épargnants. Les dépôts sur comptes courants, très faiblement rémunérés, constituent une source de financement bon marché pour les établissements bancaires. Aux États-Unis, cet écart est flagrant, avec des comptes courants offrant un rendement proche de 0,1 %, alors que des alternatives sécurisées permettent de viser entre 3,3 % et 5 %. Si une masse critique d’utilisateurs déléguait cette gestion à des algorithmes, ces derniers supprimeraient instantanément cette inertie, provoquant une fuite massive et automatisée des dépôts.

Ce phénomène s'apparente à une forme inédite de « bank run » technologique. Contrairement aux crises de liquidité classiques déclenchées par une panique irrationnelle, cette déstabilisation serait dictée par la logique mathématique de la maximisation du profit. En étant programmés pour agir simultanément et de manière identique dès qu'une opportunité se présente, les agents IA pourraient assécher les réserves des banques commerciales en un temps record. Une telle concentration de comportements financiers risque de fragiliser les marges nettes d’intérêt, forçant les banques à augmenter drastiquement leurs taux de rémunération pour retenir leurs clients.

La perspective d'une telle uniformisation financière avait déjà été anticipée par Gary Gensler, l'actuel président de la SEC, dès 2020. Dans une étude académique, il soulignait que le déploiement massif de l'apprentissage profond risquait de supprimer la diversité des stratégies des acteurs de marché, menaçant ainsi la stabilité globale du système. Face à cette nouvelle donne, les régulateurs semblent aujourd'hui sous-équipés pour encadrer des mouvements de capitaux orchestrés par des logiciels autonomes. Les banques devront donc repenser leur stratégie de captation de dépôts pour survivre à cette accélération technologique de la mobilité financière.