La National Crime Agency (NCA) britannique a placé les cryptoactifs au cœur de sa stratégie sécuritaire, les positionnant désormais comme la troisième priorité nationale en matière de lutte contre la criminalité économique. Cette décision reflète une mutation profonde des réseaux criminels, qui externalisent désormais le blanchiment d'argent auprès de prestataires spécialisés. Ces acteurs exploitent les technologies numériques de manière innovante, couplant l'usage des actifs numériques à l'intelligence artificielle pour générer des identités synthétiques et automatiser des transactions complexes, rendant ainsi la détection par les systèmes bancaires traditionnels de plus en plus ardue.
Le bilan des opérations menées outre-Manche témoigne de cette intensité opérationnelle. L'opération Destabilise a permis de procéder à 128 arrestations et à la saisie de plus de 25 millions de livres sterling, en s'attaquant notamment à des réseaux convertissant les revenus du narcotrafic en cryptomonnaies pour contourner les sanctions internationales. Parallèlement, l'opération Atlantic, menée en étroite collaboration avec des acteurs majeurs du secteur tels que Binance, Coinbase, Kraken et Tether, a permis de geler 12 millions de dollars liés à des fraudes par approval phishing. Ce succès souligne l'efficacité de la coopération entre les autorités publiques et les plateformes privées dans l'identification des flux illicites.
Un enjeu majeur divise actuellement les instances internationales : la régulation des outils de confidentialité. Contrairement à l'Union européenne qui a choisi la voie de l'interdiction pour certains actifs, le Royal United Services Institute (RUSI) recommande au gouvernement britannique de ne pas prohiber ces technologies. Selon les experts, une telle restriction serait contre-productive, poussant les criminels vers des services totalement opaques et non régulés. La stratégie privilégiée par Londres consiste plutôt à instaurer une confiance accrue par l'intégration systématique de fonctionnalités de conformité au sein même des services financiers numériques.
L'arsenal juridique britannique s'est considérablement renforcé avec l'entrée en vigueur de l'Economic Crime and Corporate Transparency Act. Ce texte confère désormais aux autorités la capacité de saisir et de convertir des cryptoactifs sans qu'une arrestation préalable ne soit nécessaire, accélérant ainsi la neutralisation des fonds criminels. À mesure que la Financial Conduct Authority (FCA) durcit son régime d'agrément, l'objectif est clair : transformer les entreprises crypto en alliés de la sécurité financière, en imposant une supervision stricte qui s'aligne sur les exigences bancaires tout en conservant une approche pragmatique face à l'innovation technologique.