La Commission européenne ambitionne de structurer un budget pluriannuel ambitieux de 2 000 milliards d’euros pour la période 2028-2034. Face au refus catégorique des États dits « frugaux » d’accroître leurs contributions nationales, Bruxelles explore la création de nouvelles ressources propres pour financer des secteurs stratégiques comme la défense, l’innovation et la transition écologique. Cette stratégie soulève toutefois d'importants défis diplomatiques et économiques, alors que plusieurs capitales s'opposent fermement à ce qu'elles perçoivent comme une superposition fiscale excessive dans un contexte de pression fiscale déjà record.
Parmi les pistes évoquées, cinq leviers majeurs ont été identifiés, incluant des taxes sur les déchets électroniques, les transactions carbone et le chiffre d'affaires des grandes entreprises. Bien que la France pousse pour un objectif ambitieux de 60 milliards d'euros de recettes annuelles supplémentaires, les négociations s'enlisent. Seules les mesures ciblant les déchets et l'ajustement carbone semblent faire l'objet d'un consensus suffisant, tandis que d'autres projets, jugés trop lourds pour des économies déjà très sollicitées, rencontrent une résistance croissante.
Le secteur des actifs numériques figure également en bonne place des réflexions parlementaires, avec des projets visant à instaurer une taxe sur les plus-values ou sur le volume total des transactions crypto. Ces propositions, qui pourraient rapporter plusieurs milliards d'euros sur la durée du cycle budgétaire, se heurtent pourtant à des obstacles techniques majeurs. La nature décentralisée des réseaux et l'essor des solutions de seconde couche, comme le Lightning Network, rendent le contrôle et la collecte de l'impôt extrêmement complexes, sans oublier le droit de veto de nations historiquement favorables aux cryptomonnaies.
Au-delà de la faisabilité technique, ces projets cristallisent une inquiétude profonde sur la compétitivité européenne. Alors que la France et plusieurs autres pays de l'Union affichent déjà des taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde, l'idée d'ajouter une couche fiscale communautaire sur des bases déjà imposées nationalement inquiète les investisseurs. Cette situation alimente une certaine défiance envers les dettes souveraines et renforce l'intérêt croissant des particuliers pour des actifs alternatifs comme Bitcoin, perçus par certains comme une protection face à l'instabilité fiscale et macroéconomique actuelle.