La Chine confirme son appétit vorace pour le métal précieux, marquant un tournant historique dans sa stratégie de réserve. Entre janvier et août 2026, Pékin a importé plus de 1 000 tonnes d'or, représentant une dépense record de 158,8 milliards de dollars. Ce montant dépasse déjà largement les 96,5 milliards de dollars déboursés sur l'intégralité de l'année précédente. Cette accélération intervient dans un contexte de prix élevés, alors que l'once a atteint des sommets historiques au cours des derniers mois, témoignant d'une volonté manifeste de sécuriser des actifs tangibles malgré la cherté du marché.
Cette frénésie d'achats repose sur une double dynamique : celle de la Banque populaire de Chine (PBoC) et celle des épargnants locaux. Pour l'État, il s'agit d'une stratégie claire de diversification et de dédollarisation. Les avoirs chinois en bons du Trésor américain ont chuté à 618 milliards de dollars en juillet, un niveau inédit depuis 2008. Parallèlement, des institutions comme Goldman Sachs suggèrent que les achats réels de la banque centrale pourraient être nettement supérieurs aux chiffres officiellement déclarés, indiquant une accumulation stratégique que Pékin souhaite maintenir en partie dans l'ombre.
De leur côté, les ménages chinois se tournent vers l'or par défaut, faute d'alternatives viables pour protéger leur patrimoine. Avec un marché immobilier en berne depuis 2021 et un indice boursier CSI 300 en difficulté, l'or s'impose comme l'ultime valeur refuge pour une épargne domestique déboussolée. Ce positionnement massif des particuliers, couplé aux achats institutionnels, modifie profondément la dynamique de prix du métal jaune à l'échelle mondiale, le rendant moins sensible aux fluctuations classiques des taux d'intérêt réels.
Les enjeux de ce mouvement sont majeurs pour la stabilité financière internationale. En privilégiant l'or physique, la Chine s'inscrit dans une tendance globale de rapatriement des réserves monétaires, cherchant à s'extraire des risques de contrepartie liés au système financier occidental. À court terme, les observateurs resteront attentifs aux prochains volumes d'importation ainsi qu'à l'écart persistant entre les données officielles et les estimations analytiques. Tant que les moteurs de la croissance intérieure chinoise resteront poussifs, l'or devrait continuer à capter une part prépondérante de la liquidité nationale, consolidant le rôle central de Pékin sur le marché aurifère.