Le secteur des actifs numériques franchit une étape clé avec l'introduction par la neobanque Revolut de son propre jeton stable adossé à la monnaie unique, baptisé EURR. Ce nouvel actif, classé comme jeton de monnaie électronique (EMT) selon le cadre réglementaire européen MiCA, est émis légalement par Bridge Building S.A., une entité luxembourgeoise agréée appartenant à la plateforme Bridge (acquise par Stripe pour 1,1 milliard de dollars). Initialement déployé auprès d'environ deux millions de clients au Danemark, en Pologne et au Portugal, ce projet vise à interconnecter le système bancaire classique avec l'écosystème de la blockchain.
Sur le plan opérationnel, l'actif garantit un ancrage strict avec la devise européenne à raison de 1 EURR pour 1 euro. La valeur du jeton est adossée à des réserves liquides conservées sur des comptes distincts, contrôlées chaque mois par des auditeurs indépendants. D'abord déployé sur le réseau Ethereum, le jeton est conçu pour devenir multi-chaîne et s'étendre à huit autres réseaux, dont Polygon, Solana et Arbitrum. La conversion depuis des comptes fiduciaires s'effectue sans frais directs, permettant le transfert de valeur vers des portefeuilles autonomes ou des applications décentralisées, bien que ces jetons ne profitent pas du mécanisme légal de garantie des dépôts bancaires.
L'arrivée de ce nouvel entrant s'inscrit dans un paysage où les stablecoins indexés sur l'euro demeurent marginalisés. Alors que la capitalization globale des jetons stables dépasse 300 milliards de dollars, les devises adossées à l'euro représentent moins de 800 millions de dollars, le marché étant largement dominé par le dollar. L'application stricte des règles MiCA entraîne le retrait progressif des jetons non conformes comme l'USDT au sein de l'Espace économique européen. La création d'EURR apporte une réponse réglementée pour les utilisateurs souhaitant opérer sur la blockchain sans s'exposer au risque de change euro-dollar.
Le principal atout de ce jeton repose sur la force de frappe commerciale de l'entreprise, qui compte plus de 80 millions de clients à l'échelle mondiale, dont 16 millions d'utilisateurs de ses services crypto. En intégrant directement l'actif dans son application, la fintech pourrait accélérer significativement l'injection de liquidités en euros au sein de la finance décentralisée. Alors que l'émetteur conserve les rendements tirés des réserves, cette première initiative préfigure le lancement futur d'autres jetons stables adossés à différentes devises nationales.