Face au blocage juridique rencontré au niveau national, l'exécutif français change de braquet et tente d'imposer une majorité numérique européenne fixée à 15 ans. Le président Emmanuel Macron a officiellement sollicité Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour porter ce projet à l'échelle de l'Union. Cette démarche intervient après que le Conseil constitutionnel a invalidé, à la mi-août, les velléités françaises d'interdiction, jugeant le dispositif initial trop attentatoire à la liberté d'expression des jeunes citoyens.
L'ambition affichée par Paris dépasse la simple restriction d'accès. Il s'agit d'instaurer des standards de sûreté harmonisés à travers l'Europe, incluant le bridage des fonctionnalités addictives des plateformes ainsi que des limitations strictes sur le temps de connexion. Emmanuel Macron cherche ainsi à bâtir une coalition d'États membres pour unifier les législations, malgré les réticences de certains pays qui privilégient des approches plus graduées ou des seuils d'âge différents, comme le préconisent plusieurs comités d'experts européens.
Le nœud du problème réside dans les modalités techniques de la vérification d'âge. Pour être effective, une telle mesure nécessite des solutions robustes, ce qui soulève des inquiétudes majeures concernant le respect de la vie privée. L'écosystème numérique, et particulièrement le secteur des actifs numériques, observe cette évolution avec attention. La mise en œuvre d'une identification obligatoire pourrait en effet accélérer le déploiement d'outils d'identité numérique centralisés, modifiant en profondeur l'accès aux services en ligne et redéfinissant les standards de confidentialité sur le web.
Malgré cette offensive européenne, la France ne renonce pas à légiférer en interne. Un travail de réécriture législative, confié au ministre Sébastien Lecornu, est en cours pour proposer une version compatible avec les exigences constitutionnelles. L'objectif est clair : aboutir à une régulation pérenne avant le terme du mandat présidentiel au printemps 2027. La question est désormais de savoir si Bruxelles acceptera de durcir sa position pour s'aligner sur les exigences françaises, ou si les impératifs de protection de la vie privée freineront ces velléités de contrôle accru de l'usage des réseaux sociaux.