Lors de leur récent sommet à Asheville, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 ont opéré un changement sémantique significatif concernant les actifs numériques. En délaissant le discours centré exclusivement sur les risques macrofinanciers, l'instance internationale reconnaît désormais le potentiel des technologies liées à la blockchain comme vecteurs de croissance économique et d'innovation privée. Ce virage, bien que formulé sous forme de déclaration de présidence et non d'un consensus unanime contraignant, marque une volonté affirmée de définir des cadres réglementaires plus prévisibles pour encadrer le secteur.
Au cœur de cette réflexion, le Conseil de stabilité financière (FSB) joue un rôle central. L'enjeu est de taille : le marché des stablecoins a connu une croissance exponentielle, passant de quelques dizaines de milliards à plusieurs centaines de milliards de dollars en seulement quelques années. Les régulateurs peinent toutefois à obtenir une visibilité précise sur la composition des réserves et les flux transfrontaliers réels. Sous la direction d'Andrew Bailey, le FSB devra proposer des mécanismes de surveillance plus fins, tout en appliquant le principe de régulation identique pour des activités présentant des risques comparables.
La question de l'efficacité des transferts monétaires constitue l'autre pilier de cette feuille de route. Face à la célérité des systèmes décentralisés, qui opèrent en continu 24h/24 et 7j/7, le G20 presse ses membres d'étendre les horaires de fonctionnement de leurs systèmes de paiement de gros (RTGS). Cette urgence est dictée par une réalité concurrentielle : les transferts via stablecoins comblent les failles des infrastructures bancaires traditionnelles, souvent ralenties par des fermetures durant les week-ends ou les décalages entre fuseaux horaires. L'objectif chiffré demeure ambitieux, visant une réduction drastique des délais et des coûts de transaction à l'horizon 2027.
Si le G20 semble désormais courir après le rythme du marché, plusieurs zones économiques ont déjà pris les devants. Le règlement MiCA en Europe, le GENIUS Act aux États-Unis ou encore l'adoption de monnaies numériques privées au Japon illustrent une fragmentation réglementaire que le G20 cherche à harmoniser. Le sommet des chefs d'État prévu en décembre sera l'occasion cruciale de transformer ces intentions politiques en un calendrier opérationnel. Il s'agit pour les grandes puissances de ne plus subir la montée en puissance de la finance numérique, mais d'en sécuriser le développement dans un cadre formel et structuré.