Une coalition de six États membres de l’Union européenne, emmenée par Berlin, fait pression pour instaurer une taxe exceptionnelle sur les superprofits des géants du secteur pétrolier et gazier. Cette initiative, qui sera au cœur des discussions lors du prochain sommet des ministres des Finances à Dublin, vise à capter les bénéfices jugés démesurés engendrés par la volatilité des cours mondiaux et les perturbations logistiques, notamment au Moyen-Orient. Pour les pays promoteurs, ces marges, dépassant largement la hausse naturelle du brut, justifient une contribution accrue des grandes entreprises énergétiques à la solidarité européenne.

Au centre de cette offensive se trouve TotalEnergies, dont les performances financières récentes en font une cible prioritaire. Le groupe français, qui a enregistré une progression de 73 % de son bénéfice net mondial sur un an, pourrait être contraint de verser entre 500 millions et un milliard d'euros selon les taux envisagés par Bruxelles. En réaction, la direction du fleuron tricolore a déjà agité la menace de supprimer ses mécanismes de plafonnement des prix des carburants dans ses stations-service, soulignant le risque d'une double imposition préjudiciable à sa stratégie d'investissement.

Le débat soulève une problématique juridique majeure : la capacité réelle de l'Union européenne à légiférer sur un domaine fiscal qui requiert, en principe, l'unanimité des États. Pour contourner ce blocage, la coalition pourrait tenter d'invoquer l'article 122 du traité sur le fonctionnement de l’UE, un levier permettant de décréter des mesures d'urgence en cas de crise économique grave. Bien que cette voie ait déjà été utilisée en 2022, elle demeure un terrain instable et contesté, la Commission ayant d'ailleurs rejeté une requête similaire au printemps dernier par prudence institutionnelle.

Cette nouvelle friction vient fragiliser un couple franco-allemand déjà éprouvé par des divergences profondes sur les dossiers de la défense, de l'espace et de l'énergie nucléaire. Pour la France, la taxation de son champion national tomberait à un moment critique, alors que les finances publiques sont sous pression face à la hausse des coûts d'emprunt et à la nervosité des agences de notation. L'issue du sommet de septembre sera donc déterminante, non seulement pour les bilans comptables des majors européennes comme ENI ou Repsol, mais aussi pour la cohésion d'une Union européenne de plus en plus divisée sur sa souveraineté fiscale et économique.