Dans un revirement stratégique surprenant, Uber a initié une collaboration inédite avec des organisations syndicales pour freiner l'essor des robotaxis aux États-Unis. Alors que l'entreprise a longtemps privilégié une expansion rapide au détriment des régulations locales, elle plaide désormais pour un déploiement plus progressif des véhicules autonomes. Cette position s'articule autour d'une exigence clé : l'obligation pour les plateformes de transport de maintenir des réseaux hybrides, combinant une majorité de conducteurs humains avec une flotte automatisée, afin d'amortir le choc social lié à l'automatisation du secteur.
Les chiffres illustrent une volonté de contrôle politique plutôt qu'une urgence opérationnelle, les trajets réalisés par des véhicules sans chauffeur représentant actuellement moins de 0,5 % du volume total des courses d'Uber. Dans des juridictions comme le New Jersey, le groupe a officiellement proposé qu'au moins 85 % des courses soient effectuées par des humains durant les trois premières années d'exploitation pilote. Si la firme justifie cette volte-face par une prise de conscience des conséquences sociétales de son modèle, ses concurrents, à l'image de Waymo, y voient avant tout une manœuvre protectionniste visant à ralentir les acteurs autonomes les plus avancés.
L'enjeu pour Uber est de préserver son rôle d'agrégateur dominant sur le marché. En imposant une transition hybride, la plateforme s'assure de rester l'interface incontournable entre l'offre et la demande, empêchant ainsi des entreprises technologiques comme Alphabet de contourner son écosystème en opérant via leurs propres applications. Pour la direction, cette stratégie est vitale : après avoir cédé sa division interne de conduite autonome en 2020, l'entreprise investit massivement dans des partenariats pour ne pas être évincée par les avancées de la robotique, tout en gérant une restructuration interne importante.
Cette alliance avec les syndicats reste toutefois fragile et opportuniste. Les représentants des chauffeurs soulignent qu'Uber ne déploie cette opposition réglementaire que de manière sélective, évitant les États où la technologie est déjà solidement implantée, comme la Californie ou le Texas. Pour le secteur, cette bataille législative cristallise un dilemme profond entre innovation technologique et protection de l'emploi. Alors que plusieurs projets de loi stagnent dans de nombreuses régions américaines, l'issue de ces débats déterminera si Uber parviendra à maintenir son hégémonie dans un futur où l'automatisation des transports semble, à terme, inévitable.