L’univers des noms de domaine dans l’écosystème décentralisé a connu un épisode rocambolesque impliquant l'ancien dirigeant de FTX, Sam Bankman-Fried. Selon Hayden Adams, le fondateur du protocole Uniswap, le domaine uniswap.com aurait été acquis par SBF pour une somme dépassant le million de dollars après que l'équipe du protocole a elle-même refusé de céder aux exigences financières exorbitantes du propriétaire initial. Cette transaction, bien que non documentée officiellement, illustre les manœuvres parfois agressives qui entouraient les actifs stratégiques lors du pic de spéculation de 2021.

Une fois en possession de l'adresse, le nouveau détenteur a orienté le trafic web vers SushiSwap, un protocole concurrent direct né du code source d'Uniswap. Cette redirection vers un rival n’a pas tardé à attirer l’attention des équipes juridiques d’Uniswap Labs. Ces derniers ont immédiatement engagé une procédure auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) afin de contester l'usage de leur marque protégée, arguant d'une mauvaise foi manifeste de la part du propriétaire du domaine.

Le verdict rendu par l'OMPI en septembre 2021 a été sans appel. Les arbitres ont estimé que l'enregistrement et l'exploitation du domaine portaient préjudice à la marque originale et créaient une confusion délibérée pour les utilisateurs. En conséquence, le transfert de l'adresse vers Uniswap Labs a été ordonné sans qu'aucune compensation financière ne soit versée au détenteur. Pour Uniswap, cette issue représente une victoire totale, leur permettant de sécuriser leur présence en ligne sans débourser les sept chiffres initialement réclamés par les spéculateurs.

Cet incident souligne les enjeux de propriété intellectuelle auxquels font face les projets Web3. Si la décentralisation est au cœur de leurs principes, la protection des actifs de marque reste un impératif juridique traditionnel et coûteux. La perte sèche de cet investissement colossal par Sam Bankman-Fried, dont le témoignage d'Adams reste la seule source, illustre non seulement une gestion de fonds pour le moins douteuse, mais rappelle également la fragilité des investissements basés sur la capture de noms de domaine lorsque les structures juridiques internationales s'en mêlent.