Ce qu’il faut retenir :
- Un décret présidentiel ordonne le changement de nom du lac Ontario dans un système cartographique fédéral.
- Mark Carney rappelle que ce toponyme d’origine wendat existe depuis plus de quatre siècles.
- La gouverneure de New York, seul État américain riverain, refuse d’appliquer cette dénomination.
Donald Trump a signé jeudi un décret ordonnant de rebaptiser immédiatement le lac Ontario en lac America. Cette étendue d’eau sépare la province canadienne de l’Ontario de l’État de New York. Le texte affirme que le lac continuera de jouer un rôle déterminant dans l’avenir de l’Amérique et dans l’économie mondiale.
Que change concrètement ce décret ?
La mesure porte sur un système cartographique fédéral suivi par les administrations d’État, les collectivités locales et les entreprises privées. Son effet dépendra donc de ceux qui reprennent ou non cette nomenclature.
Le président américain avait procédé de la même façon l’an dernier en renommant le golfe du Mexique en golfe d’Amérique.
Doug Burgum, secrétaire à l’Intérieur, a justifié la démarche en affirmant que les lieux et les eaux qui bordent le pays et soutiennent son économie devraient refléter la grandeur des États-Unis.
Les réponses canadienne et new-yorkaise
Mark Carney, Premier ministre canadien, a répondu par un argument historique. Le nom du lac vient du mot wendat Ontari’io, qui signifie que le lac est beau et qu’il est grand. Il existe depuis plus de quatre cents ans, soit avant la Confédération canadienne comme avant la Déclaration d’indépendance américaine.
“Nommer la réalité, c’est dire lac Ontario”, a-t-il ajouté, hier, aujourd’hui et toujours, en constatant que l’Amérique change ses relations commerciales, sa politique étrangère, ses monuments nationaux et désormais ses noms de cours d’eau.
La réaction la plus directe est venue d’un côté américain de la frontière. Kathy Hochul, gouverneure de New York, seul État américain riverain, a écrit sur X que son État n'emploierait pas cette appellation.
Une relation commerciale rompue
Ce geste symbolique s’inscrit dans une dégradation bien plus concrète. Les deux pays s’imposent désormais des droits de douane réciproques après l’échec des négociations commerciales la semaine dernière.
Les versions divergent sur cette rupture. Jamieson Greer, représentant américain au commerce, affirme que Washington avait proposé des réductions tarifaires significatives sur l’acier, l’aluminium, les véhicules et le bois d’œuvre, et qu’Ottawa a rejeté l’accord. Mark Carney soutient de son côté avoir suspendu les discussions après une mauvaise proposition assortie de nombreux changements de dernière minute. Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, maintient qu’un accord existait et avait été scellé par une poignée de main, avant un retrait canadien pour des motifs politiques.
Le Premier ministre canadien a depuis déclaré que son pays était en guerre commerciale avec les États-Unis, après une erreur de calcul du président américain sur la réponse d’Ottawa.
Les mesures sont déjà chiffrées. Les droits de douane américains visant 20 milliards de dollars de produits canadiens sont entrés en vigueur samedi dernier. Le Canada a répliqué mardi avec des taxes pouvant atteindre 50 % sur un montant équivalent d’importations américaines, applicables au 8 septembre, et une hausse américaine sur l’automobile est annoncée pour le 1er janvier.
Dix-huit mois de tensions
Depuis l’entrée en fonction du président américain il y a dix-huit mois, le Canada subit des attaques répétées sur sa souveraineté, son caractère national et son économie, alors qu’il constitue le deuxième partenaire commercial des États-Unis.
Le vice-président JD Vance a repris cette semaine ce registre en décrivant un pays qui aurait sous-investi dans son armée et se ferait envahir sans le parapluie de protection américain. Le Canada a pourtant atteint cette année la cible de 2 % du produit intérieur brut fixée par l’Otan, et s’est engagé à porter ses dépenses militaires à 5 % d’ici 2035.
Les Canadiens, irrités par cette hostilité, soutiennent la position de leur Premier ministre, y compris en acceptant d’éventuelles conséquences économiques.
Et maintenant ?
Deux échéances comptent plus que les toponymes. L’entrée en vigueur des mesures canadiennes le 8 septembre, qui laisse une dizaine de jours pour une reprise du dialogue. Et la hausse américaine sur l’automobile au 1er janvier, qui frapperait une chaîne de production intégrée de part et d’autre de la frontière.
Brian Rathbun, de l’école Munk d’affaires internationales de l’université de Toronto, résume l’état d’esprit ambiant : la seule surprise, à ce stade, est que le lac n’ait pas été baptisé du nom du président lui-même.
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