La Banque centrale européenne (BCE) et les autres banques centrales de la zone euro préconisent un changement majeur concernant la réglementation MiCA. L'objectif est de supprimer l'obligation actuelle imposant aux émetteurs de stablecoins dits « majeurs » de conserver 60 % de leurs réserves sous forme de dépôts bancaires. Cette exigence, pensée initialement pour sécuriser les fonds, est désormais jugée inadaptée, voire risquée, par les autorités monétaires européennes face à la volatilité potentielle de ces actifs numériques.

Le raisonnement des banquiers centraux repose sur une analyse de stabilité financière : les dépôts bancaires alimentés par les flux des stablecoins sont considérés comme des sources de financement trop instables. En cas de vagues massives de remboursements de la part des détenteurs de jetons, les émetteurs pourraient retirer brusquement leurs fonds, déstabilisant ainsi les banques dépositaires. Pour pallier ce risque, la BCE suggère d'adopter un modèle inspiré des fonds monétaires, fondé sur une échelle de liquidité : une part des réserves devrait être mobilisable en un jour ouvré, et une autre en cinq jours ouvrés.

Cette proposition marquerait un tournant stratégique pour le marché européen. En se libérant de la contrainte des dépôts bancaires, les émetteurs pourraient se tourner massivement vers des actifs plus liquides et rentables, comme les titres de dette souveraine à court terme, à l'instar de ce qui se pratique aux États-Unis. Un tel ajustement permettrait non seulement de sécuriser les réserves contre les faillites bancaires, mais aussi de renforcer l'attractivité opérationnelle des stablecoins libellés en euro, un segment qui représente actuellement moins de 1 % de la capitalisation mondiale.

Il est toutefois crucial de souligner que la BCE ne détient pas le pouvoir législatif sur ce dossier ; son rôle demeure purement consultatif. La décision finale concernant une éventuelle révision de MiCA appartient à la Commission européenne, au Parlement et au Conseil. Alors que les acteurs bancaires européens accélèrent leurs propres projets d'émission de stablecoins, cet arbitrage sera déterminant pour l'écosystème crypto. Il s'inscrit dans un contexte plus large où Francfort cherche à maintenir son influence face à l'essor des actifs privés, tout en préparant le terrain pour son futur projet d'euro numérique à l'horizon 2029.