Longtemps perçu comme le pilier de l'hébergement en Europe, OVHcloud amorce un virage stratégique majeur pour s'imposer sur l'échiquier de l'intelligence artificielle générative. Sous l'impulsion de son fondateur Octave Klaba, le groupe de Roubaix ne se contente plus de fournir la puissance de calcul brute ; il ambitionne désormais de concevoir ses propres modèles de langage (LLM). Cette montée en gamme vise à transformer l'entreprise en un véritable champion de l'IA souveraine, capable de rivaliser avec des acteurs comme Mistral AI ou les géants américains. En intégrant le développement algorithmique à son infrastructure physique massive, la firme cherche à sécuriser son indépendance technologique tout en offrant des garanties de confidentialité conformes aux exigences européennes.

Pour concrétiser cette vision, l'entreprise a multiplié les opérations de croissance externe au cours de l'année 2026. Les acquisitions successives de Dragon LLM, spécialisée dans les modèles financiers, de Seald pour la sécurité des données, et de la start-up de transcription Gladia, ont permis la naissance de l'AI Lab. Ce pôle de recherche interne s'appuie sur une puissance de calcul impressionnante, incluant l'usage du supercalculateur européen Jupiter. Contrairement à de nombreux concurrents qui dépendent de fournisseurs tiers pour l'hébergement, l'acteur français mise sur une intégration verticale complète, maîtrisant chaque étape depuis la conception des serveurs dans ses centres de données jusqu'à l'entraînement final des modèles.

La crédibilité de cette stratégie s'appuie sur des succès institutionnels de premier plan. OVHcloud a récemment été sélectionné par la Commission européenne pour fournir un cloud souverain aux institutions de l'Union, un contrat plafonné à 180 millions d'euros. Parallèlement, le groupe collabore avec l'Agence spatiale européenne sur le projet Digital EO, destiné à traiter des volumes colossaux de données satellites pour le suivi climatique. L'obtention de la qualification SecNumCloud par l'ANSSI renforce ce positionnement stratégique en ouvrant les portes des marchés publics les plus sensibles, où la protection des données contre les lois extraterritoriales est devenue un critère éliminatoire.

Sur le plan financier, cette dynamique se traduit par une performance boursière remarquable, avec une progression du titre de 132 % depuis le début de l'année 2026. Bien que le cloud privé constitue toujours le socle des revenus, c'est le segment du Cloud public qui tire la croissance avec une hausse de 20,2 % de son chiffre d'affaires trimestriel. Avec une capitalisation boursière atteignant 2,56 milliards d'euros, l'entreprise confirme son attrait pour les investisseurs, d'autant que son action est éligible au PEA. Cette santé financière permet au groupe de maintenir un niveau d'investissement très élevé, représentant jusqu'à 35 % de son chiffre d'affaires, un effort nécessaire pour soutenir ses ambitions dans l'IA.

Toutefois, ce pari industriel comporte des risques non négligeables. La valorisation actuelle de l'action, qui s'échange autour de 16,94 euros, semble déjà intégrer une part importante de succès futurs alors qu'aucun modèle propriétaire n'a encore été commercialisé. La réussite technique face à des concurrents disposant de ressources quasi illimitées reste à prouver, et le modèle demeure extrêmement gourmand en capital. De plus, les récentes acquisitions par échange d'actions ont entraîné une légère dilution pour les actionnaires existants. Le défi pour OVHcloud sera de transformer ses promesses technologiques en outils productifs capables de générer des revenus récurrents et de s'imposer durablement sur le marché mondial de l'intelligence artificielle.