Washington franchit un cap de plus dans son conflit avec Téhéran. Le Trésor américain a lancé son « Operation Economic Outcast », une offensive économique inédite contre la République islamique d’Iran. Parmi les cinq secteurs désormais exposés à des sanctions secondaires figure celui des cryptomonnaies, ouvrant la voie à des mesures contre toute personne opérant dans la crypto iranienne.
Le secteur crypto iranien tout entier est désormais dans le viseur de l’OFAC
Le Département du Trésor américain a tout récemment annoncé le lancement de l'« Operation Economic Outcast » contre l’Iran. Dans le cadre de cette opération, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) a ciblé 5 secteurs en vertu de l’Executive Order 13902. Ces secteurs de l’économie iranienne désormais exposés à de possibles sanctions secondaires sont plus précisément : les actifs numériques, l’or, l’aviation, le maritime et le secteur technologique.
Concrètement, concernant le secteur de Bitcoin, l’OFAC peut désormais sanctionner toute personne qui opère dans l’écosystème iranien des cryptomonnaies, où qu’elle se trouve dans le monde. Il ne s’agit plus de cibler uniquement quelques entités identifiées, mais bien l’ensemble d’un pan économique.
Le Trésor US justifie ce choix en affirmant que « le régime iranien se tourne de plus en plus vers les cryptomonnaies comme outil de contournement des sanctions », et que ces flux soutiennent notamment le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC).
.@SecScottBessent: "The new sectoral sanctions determinations issued today target five of Iran's most vital lifelines that it exploits in other countries: digital assets, technology, gold, aviation, and shipping." pic.twitter.com/QlTdO8jSnx
— Treasury Department (@USTreasury) August 24, 2026
Une escalade dans la stratégie de sanctions sur les cryptomonnaies
Cette mesure marque donc une rupture avec la doctrine appliquée jusqu’ici. Depuis plusieurs années, les États-Unis ciblaient des portefeuilles, des exchanges ou des individus précis liés à Téhéran. En juillet 2026, par exemple, plusieurs adresses associées à la banque centrale iranienne avaient été ajoutées à la liste des sanctions, et Tether avait gelé 130 millions de dollars en stablecoins USDT liés à des portefeuilles proches du régime.
Désormais, la simple activité dans le secteur crypto iranien suffit à s’exposer à des sanctions secondaires des États-Unis. Cela signifie qu’une plateforme étrangère traitant sciemment des flux liés à l’Iran pourrait être coupée du système financier US. Le communiqué du Trésor précise en effet que « toute entité qui facilite le blanchiment d’argent ou l’évasion des sanctions pour le compte de l’Iran risque d’être coupée du système financier américain ».
Today, at President Trump’s direction, the U.S. Department of the Treasury has begun Operation Economic Outcast: an unprecedented, whole-of-government, economic campaign against the Islamic Republic of Iran and its enablers. https://t.co/bvOAn6GPyP
— Treasury Department (@USTreasury) August 24, 2026
Près de 60 entités sanctionnées et un volet cyber ciblant les vols de cryptos
En parallèle, l’OFAC a aussi désigné près de 60 entités, individus et navires dans plusieurs juridictions, dont Hong Kong, la Chine, les Émirats arabes unis, Singapour et la Suisse. Le Trésor US cible notamment des réseaux impliqués dans l’approvisionnement en technologies sensibles pour le programme balistique iranien et dans la vente illicite de pétrole.
Un volet cyber accompagne également l’opération. L’Office of Foreign Assets Control a désigné plusieurs acteurs iraniens dirigés par le ministère du Renseignement (MOIS), accusés d’avoir compromis des infrastructures critiques américaines.
En complément du volet sanctions, le Département d’État américain active son programme Rewards for Justice, qui offre une récompense pouvant atteindre 10 millions de dollars à toute personne fournissant des informations sur des individus agissant sous le contrôle d’un gouvernement étranger et impliqués dans des cyberattaques contre des infrastructures critiques américaines. Cette prime souligne la volonté de Washington de mobiliser tous les leviers disponibles contre les cyberattaques iraniennes, qui visent notamment les portefeuilles crypto et les infrastructures numériques.
Obtenez 10 $ en BTC en achetant un wallet Ledger pour protéger vos cryptosVers une pression accrue sur la neutralité des blockchains
Cette décision relance le débat sur la censure appliquée aux blockchains publiques. La conformité des validateurs Ethereum aux listes de sanctions de l’OFAC est un sujet récurrent depuis plusieurs années déjà. Et ce présent élargissement du périmètre des sanctions pourrait renforcer les incitations à filtrer (pour ne pas dire censurer) certaines transactions.
Pour les utilisateurs de cryptomonnaies français et européens, l’impact direct devrait rester limité tant qu’aucune interaction avec des contreparties iraniennes n’est identifiée. D’autant que les exchanges européens régulés respectent déjà les listes de l’OFAC américaine, en plus des sanctions propres à l’Union européenne. La question de la neutralité des infrastructures crypto face aux États devient en tout cas de plus en plus centrale.
Source : Département du Trésor US