Deuxième départ en gestation, quatre mois après le premier. Le Venezuela, membre fondateur de l’OPEP depuis sa création en 1960, discute avec des responsables américains d’une possible sortie du cartel pétrolier. Rien n’est acté. Bloomberg, qui a révélé l’information le 27 août à partir de sources anonymes, le répète noir sur blanc. Aucune décision finale n’a été prise.
Les points clés de cet article :
- Le Venezuela a discuté avec des responsables américains d’une potentielle sortie de l’OPEP, sans qu’aucune décision finale n’ait été prise, ce qui pourrait marquer une rupture historique pour l’organisation.
- Des négociations sont en cours entre Washington et Caracas concernant environ 17 champs pétroliers, impliquant une dimension géopolitique complexe avec des implications énergétiques et économiques significatives.
OPEP : un deuxième départ quatre mois après celui des Émirats
Selon Bloomberg, Caracas a évoqué l’idée d’un retrait avec des officiels de l’administration Trump, sans engagement des deux côtés. La Maison-Blanche a renvoyé les questions vers le département de l’Énergie. Le ministère vénézuélien du pétrole, lui, n’a pas répondu. Statuquo.
Les Émirats arabes unis avaient ouvert la voie en quittant l’organisation le 1er mai 2026, après 59 ans d’adhésion. Si Caracas suit, l’OPEP perdrait deux membres fondateurs ou historiques en moins d’un semestre, un rythme qu’elle n’avait plus connu depuis sa création. Le symbole pèserait alors plus lourd que les barils, pour une organisation qui tire une bonne partie de sa force de dissuasion de son unité affichée.
Cependant, l’affaire reste presque anecdotique. Le Venezuela ne respecte plus ses quotas depuis des années, sa production s’étant effondrée bien avant que la question d’un départ ne se pose.
Washington négocie déjà 17 champs pétroliers vénézuéliens
Toutefois, Reuters évoque une liste d’environ 17 champs pétroliers en cours de négociation entre Washington et Caracas, répartis entre les gisements vierges de la ceinture de l’Orénoque et les zones matures du lac de Maracaibo.
Certains de ces champs sont aujourd’hui exploités sous contrat par une entreprise chinoise, un détail qui donne au dossier une saveur géopolitique qui dépasse la seule question énergétique. Le montage envisagé reposerait sur des baux de long terme, suivis d’enchères pour répartir les gisements entre producteurs américains. Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright doit se rendre à Caracas dans la semaine qui suit la publication de l’enquête.
Cette proximité retrouvée n’a rien d’une évidence. En janvier, quelques jours après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines, Delcy Rodríguez a été installée comme présidente par intérim. L’ancienne vice-présidente du régime chaviste assure la transition. Interrogé à l’époque, Donald Trump affirmait pourtant préférer voir le Venezuela rester dans l’OPEP, tout en admettant ne pas savoir si ce choix servait vraiment les intérêts américains. Sept mois plus tard, le ton a changé.
En effet, certains responsables américains discutent désormais d’un partenariat énergétique pour, selon leurs propres termes rapportés par Bloomberg, ériger une puissance pétrolière commune capable d’affaiblir la position du cartel. Un revirement complet, en somme, qui montre à quel point la ligne officielle de Washington sur ce dossier reste mouvante.
Plus de brut vénézuélien sur le marché mondial, pas un choc pour Bitcoin
Le pont avec les marchés crypto tient en une phrase : plus de pétrole disponible sur le marché mondial dans cinq à dix ans, si les investissements américains dans les champs pétroliers se concrétisent, veut dire moins de tension inflationniste importée par l’énergie.
Ce n’est pas neutre pour Bitcoin, régulièrement associé au pari sur la dépréciation des monnaies fiduciaires, le fameux « debasement trade » outre-Atlantique, aux côtés de l’or. Mais l’équation n’a rien de mécanique. Un choc pétrolier baissier de long terme desserre la pression sur les banques centrales, ce qui pourrait tout aussi bien retarder la baisse des taux qu’accélérer un cycle plus favorable aux actifs risqués. Rien ne se joue dans l’immédiat, de toute façon. La production vénézuélienne de brut, remontée au-dessus du million de barils par jour ces derniers mois après des années d’effondrement, pèse peu face aux plus de 100 millions de barils consommés chaque jour sur le marché pétrolier mondial.
Bitcoin, Petro, minage : la longue histoire crypto du Venezuela
Le Venezuela n’a pas attendu ce deal pétrolier pour croiser la route des cryptomonnaies. Sous Maduro, le régime avait lancé le Petro, une monnaie numérique d’État gagée sur les réserves de pétrole du pays et censée contourner les sanctions américaines sur le brut vénézuélien. Le pari a fait long feu. Caracas a fini par acter la mort programmée du Petro après des années d’échec commercial. Le pays a aussi vu fleurir des fermes de minage de Bitcoin, portées par une électricité subventionnée grâce à la rente pétrolière, avant que coupures de courant et répression ne mettent les mineurs à l’arrêt. Et pendant la crise politique qui a précédé la capture de Maduro, une partie de l’opposition avait fait de Bitcoin son plan B face à l’hyperinflation du bolivar.
Le deal pétrolier négocié aujourd’hui avec Washington ne se joue donc pas dans un désert crypto. Il s’inscrit même à contre-courant de cette histoire. Si les investissements américains dans les champs pétroliers finissent par stabiliser l’économie et la monnaie locale, ils pourraient paradoxalement réduire l’appétit vénézuélien pour Bitcoin comme refuge contre l’inflation, cette même fonction qui a fait le succès de la crypto sur place ces dernières années.
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